COUR-CHEVERNY ET CHEVERNY : LE BONHEUR SOLOGNOT
Michel Creignou
 
 
A quelques encablures de Blois, un vignoble de clairières aligne des vins intègres et fringants. Si cour-cheverny présente un blanc qui illustre le mystérieux romorantin, cheverny propose des blancs sentant le bourgeon de cassis qui séduisent par leur vivacité et leur bonhomie.
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AU BORD DE LA LOIRE
Aller à la rencontre de la Loire, c’est aller à la découverte de la lumière. Sur les bords du fleuve, le ciel prend des couleurs du rêve, limpide et pommelé, absolument intact depuis les Valois. La lumière sait se faire douce, ténue et impalpable avec quelque chose dans l’air de soyeux, des nuances infinies qui font dériver l’imaginaire. En amont de Blois, la Loire se fait sauvage le long de berges inondables, terres plates et mouillées qui semblent en attente de la prochaine crue. A Saint-Claude de Biray, un coteau aux vignes bien alignées signale l’entrée dans le vignoble solognot et les appellations cheverny et cour-cheverny. Sur le plateau, la vigne joue à cache-cache avec les boqueteaux et les forêts, elle occupe les clairières sans jamais s’imposer ni revendiquer. Longtemps, le vin ne fut qu’une activité secondaire à côté de la culture des céréales, des asperges, des haricots verts et des courgettes que l’on pouvait ramasser jusqu’aux premières gelées. L’automne résonnait des coups de feu des chasseurs et la récolte des champignons précédait les vendanges. En 1993, changement de cap… Les deux vins solognots recevaient l’onction de l’AOC, une reconnaissance qui devait changer le quotidien des vignerons.
Chambord, Beauregard, Villesavin, Troussay et Cheverny… Les innombrables châteaux de cette vieille terre racontent l’histoire de France et la folie des rois. Amateur de vin, François 1er devait marquer de son empreinte le vignoble local en décidant de faire venir 80 000 « plants de Beaune » pour les planter autour du palais qu’il avait envisagé de construire à Romorantin. Maître d’œuvre, Léonard de Vinci mourut trop tôt pour réaliser le projet. Le roi de France choisit finalement Chambord pour faire bâtir le fabuleux château qui devait assurer sa pérennité. Les pieds de vigne restèrent, ils furent baptisés romorantin donnant naissance au cour-cheverny, un vin blanc singulier et rarissime qui fascine les amateurs de curiosités. Vignoble minuscule, seuls 50 hectares de vigne assurent la survie du cépage royal à travers 350 000 bouteilles.
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ROMORANTIN : UN CEPAGE HISTORIQUE

Longtemps, le romorantin fut un mal-aimé, il a même failli disparaître en raison de son caractère rétif et difficile. Avec l’accession de cour-cheverny à l’AOC, il entrait dans la cour des grands, il pouvait faire le beau et donner de l’ambition aux vignerons. Les botanistes lui trouvèrent des liens de parenté avec le sassy de Chablis et le tressalier de Saint-Pourçain et, par certains côtés au chenin de Touraine qui comme lui mûrit tardivement. Raisin fantasque, il traîne derrière lui une ombre de mystère et les vignerons avouent sans honte ne pas tout comprendre de son caractère étrange. Il est rustique, costaud, il résiste bien aux maladies mais il a une tendance naturelle à trop produire. IL doit être bridé pour éviter les rendements pléthoriques. Son plus gros défaut ? Une acidité excessive, il faut savoir attendre la maturité.

FLEUR D’ACACIA, POIRES, AGRUMES…

En goûtant les cour-cheverny et en constatant les grandes différences de qualité, l’évidence parle. La réussite du romorantin apparaît comme une quête, le raisin ressemble à une pierre précieuse qu’il faut sortir de sa gangue. Le but ultime, c’est de trouver l’équilibre en domptant la fraîcheur et en révélant la minéralité. Avec l’élevage en barrique de chêne, on doit aussi chercher le gras et la complexité en faisant travailler les lies. Les meilleurs cour-cheverny répondent bien à cette ambition en exposant le style idéal de l’appellation. Les vins se présentent dans une robe jaune pâle brillante bordée de reflets verts, ils délivrent des arômes de fleur d’acacia, de poire, d’herbes coupées, d’agrumes et parfois de sous-bois. Ardents et fringants, ils allient la finesse et la nervosité, développent un gras chatoyant, exposent une épatante minéralité et terminent souvent sur une somptueuse amertume évoquant les amandes amères. D’une bonne constitution, ils savent vieillir sans problème en dérivant vers des notes de pain d’épices. Certaines années, lorsque le ciel se montre généreux, le romorantin se laisse aller vers des humeurs tendres, il fait le dos rond et délivre le message d’un blanc civilisé qui s’annonce par des arômes de fruits exotiques. Sec, le cour-cheverny crée une union aussi libre que sereine avec les poissons fumés et établit des relations fécondes avec les poissons grillés, les plats de morue, les volailles à la broche et les curies pas trop épicés.

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CHEVERNY EN ROUGE ET BLANC

 

Traditionnellement, le sauvignon façonnait l’identité des blancs de Cheverny, des vins sans grand éclat, souvent d’une acidité stridente et d’une rusticité sans équivoque. Dans les années 1960, le chardonnay fut appelé en renfort pour donner de la rondeur et de la profondeur au sauvignon. Mission accomplie, le cheverny « nouveau » a pris de l’étoffe et du toucher. Si trop souvent, il ne parvient pas à se dévêtir du mauvais caractère du sauvignon, les meilleurs vignerons arrivent à trouver la meilleure maturité et à sublimer le cépage revêche, tirant parti de la finesse du raisin bourguignon. Le cheverny conjugue alors des arômes de bourgeon de cassis, d’agrumes et de fleurs à des notes minérales. Il fait parler la franchise misant sur la fraîcheur, une humeur ardente et une légèreté bien aimable. En rouge, les vignerons semblent d’accord, le cépage prend le pas sur le sol. Traditionnellement, le gamay était associé au cabernet franc et au cot appelé malbec à Cahors. Dans les années 1960, le pinot noir est venu enrichir l’assemblage. Un bon choix, le cépage bourguignon donne de la tenue, un joli fruité et de la finesse aux rouges de Cheverny qui affichent sans vergogne leur franchise et leur gourmandise. Ces vins ne se poussent pas du col, ils délivrent le message simple de rouges honnêtes et intègres qui font la fête avec les rillettes et les andouillettes tourangelles et même un sandre de Loire.

NOS BONNES ADRESSES DE COUR-CHEVERNY
 

Le Petit Chambord
François Cazin
41700 Cheverny
tél : 02 54 79 93 75.
Une Cuvée Renaissance charnue qui sent le miel et la fleur d’acacia.
 

Philippe Tessier
41700 Cheverny
tél : 02 54 44 23 82.
Une magnifique cuvée Les Sables, un vin qui propose une matière riche et équilibrée, fruitée et gourmande.
 

La Démalerie
41700 Cheverny
tél : 02 54 44 23 09.
Minéralité, ampleur et vivacité se combinent pour composer la chair de ce blanc épatant.
 

NOS BONNES ADRESSES DE CHEVERNY
 

Domaine du Moulin
41120 Cellettes
tél. 02 54 70 41 76.
Avec 70% de sauvignon et 30% de chardonnay, la cuvée La Bodice compose un blanc aux arômes de bourgeon de cassis et de miel qui ne manque ni d’harmonie ni de fraîcheur. A signaler aussi, un cheverny rouge qui pinote le bonheur.
 

Michel Quénioux
41120 Fougères-sur-Bièvre
tél : 02 54 20 22 74.
Un des meilleurs rouges de l’appellation sinon le meilleur qui séduit par ses arômes de fruits rouges, son fruité généreux et sa minéralité.