Benoît Bordier, mis au vert

Il a fait les beaux jours du restaurant Jean dans le 9e arrondissement de Paris, glanant au passage une étoile Michelin avant de se mettre au vert aux Etangs de Corot niché à quelques enjambées du périphérique parisien. Pour cette jolie demeure, il était temps qu’un chef de renom vienne bousculer les fourneaux quitte à surprendre les palais des habitués.

Philippe Toinard

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Mariages improbables
Les talentueux, ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît. Benoît Bordier fait partie de la trempe de ceux qui jouent dans le ludique, le surprenant, le déroutant comme la lotte aux girolles, coulis de banane au piment d’Espelette et cocos de Paimpol à la sardine ou les figues fraîches au gingembre et orange, spéculoos et sorbet au poivron rouge. Un génie ? Non, un curieux, éternel créateur qui entreprend à l’instinct d’imaginer des mariages improbables mais d’une délicatesse infinie. Benoît est séduisant, sa cuisine l’est tout autant. Contemporaine, elle s’inscrit dans le répertoire de cette jeune génération qui prend un malin plaisir à bouleverser les codes établis. Mais attention, il ne cuisine pas pour lui, pour se faire plaisir. Sa créativité est au service de ses clients. C’est eux qui notent en fin de repas et décident ou non de suivre le chemin gourmand tracé par cet instinctif.
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maturité
Aux Etangs de Corot, sans s’être assagi, on sent tout de même une maturité notamment dans les intitulés des plats. Auparavant, il se la jouait poète avec des titres de plats un peu alambiqués mais qui ne laissaient personne indifférent. Aujourd’hui, c’est plus concis. Il va à l’essentiel – le foie gras, la Saint-Jacques, le rouget – sans oublier d’écrire en dessous les compagnons de route. Ainsi le bar flirte avec le panais, un condiment agrumes et des échalotes. L’*agneau* se faufile avec de l’*avocat* et de l’*huile de mélisse*. Quant au cochon, il se fraie un chemin suivi de près par des carottes et un jus de piquillos et yuzu.
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goûter, c’est s’inventer

La cuisine de Benoît n’est pas provocante. Simplement, elle interpelle*. Elle oblige le convive à « travailler », à comprendre le respect de l’ingrédient, le juste dosage des épices, la qualité des cuissons. Pour Benoît, « goûter, c’est inventer », pour le convive, goûter ses assiettes, c’est s’inventer un moment, un souvenir, un repère qu’il conservera jalousement dans le coin de sa tête et de son palais avant de revenir pour découvrir une nouvelle création ou pour filer au sous-sol découvrir la cuisine bistrotière du Café des Artistes.

Les Etangs de Corot.
55, rue de Versailles.
92410 Ville d’Avray.
Tel. : 01 41 15 37 00.
www.etangsdecorot.com.
Menus au Corot : 39 et 85€.
Carte au Café des Artistes : de 30 à 40 €.
 

Retrouvez une interview de Benoît Bordier dans Tvcookissime, catégorie “rencontre”
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